Echos de presse
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09 jan 2012
Encourager l’Épargne
Valeurs Actuelles - Avis d’Expert par Guillaume Dard
Le génie français s’est souvent illustré par son inventivité dans le domaine fiscal. Ainsi quand le Roi de Prusse, Frédéric le Grand recherchait dans les années 1760 les moyens d’augmenter les recettes de son État, il invita à sa Cour un Fermier Général français qu’il chargea de créer de nouveaux impôts. Celui-ci inventa d’admirables taxes sur le tabac et le café qui remplirent les coffres de la Banque de Berlin.
La France a depuis lors offert au monde la TVA et la CSG, et s’apprête à lancer une nouvelle taxe sur les transactions financières.
S’il s’agit de lutter contre la spéculation à outrance et le « trading haute fréquence » qui est effectivement nuisible, l’intention est louable. Mais en fait, les activités visées se déplaceront sous d’autres cieux moins imposés, anglo-saxons ou asiatiques. La taxe sur les activités financières risque donc de ne s’appliquer qu’à l’épargne française, dont le taux d’imposition (40.7%) est déjà considérablement supérieur à celui pratiqué en Allemagne (24.4%).
La France a pourtant aussi été le berceau de grands économistes libéraux, tel Jean-Baptiste Say, qui déclarait au début du 19ème siècle que « toute épargne prépare un gain annuel et perpétuel, non seulement à celui qui la pratique, mais aussi à tous les gens dont l’industrie est mise en mouvement par cette épargne ». C’était aussi une des idées d’Adam Smith, qui faisait de l’épargne un des éléments de « la Richesse des Nations ». Plus récemment, mais dès 1976, Raymond Barre rappelait qu’il fallait « privilégier l’épargne et l’investissement » et que « si les Allemands réussissent mieux que les autres à tenir leurs prix et défendre leur monnaie, c’est parce qu’ils croient aux mérites de la stabilité financière ».
L’épargne française n’est pas si abondante qu’on le croit. Le taux d’épargne strictement financier (hors immobilier) se situe entre 5 et 7 %, depuis 10 ans. Cela ne peut évidemment pas permettre à la fois de couvrir les déficits publics, et le financement en fonds propres des entreprises.
Ces éléments expliquent en partie la progression moindre de l’indice boursier CAC40 français vis-à-vis du DAX allemand depuis 20 ans, le déficit commercial croissant de notre pays qui a dépassé 75 milliards d’Euros en 2011, ainsi que la part prédominante de l’étranger dans la détention de la dette publique française et du capital de nos grandes entreprises.
Le début d’année 2012 sur les marchés s’annonce balancé entre éléments favorables (détente de la politique monétaire par la BCE, croissance américaine, niveau historiquement attractif des valorisations boursières, et qualité des Business Models des entreprises) et d’autre part les difficultés persistantes (situation financière des États périphériques européens, ralentissement économique mondial hors États-Unis et instabilité géopolitique).
C’est donc plus que jamais le moment d’encourager l’épargne et l’investissement pour rétablir les grands équilibres économiques de notre pays, et diminuer notre endettement extérieur.