Echos de presse
14 mai 2010
« L’Europe se fera dans les crises »
Valeurs Actuelles - Avis d’Expert par Guillaume Dard
Telle était l’opinion de Jean Monnet qui ajoutait « Elle sera la somme des solutions qu’on apportera à ces crises ». L’issue du Sommet européen de Bruxelles du 9 mai s’inscrit dans le droit fil de cette réflexion. Il reste néanmoins à analyser attentivement si les solutions choisies pour éviter une crise financière européenne d’ampleur dramatique se révèleront, à l’avenir, bénéfiques à l’union de l’Europe, tant elles marquent une rupture fondamentale avec l’ordre monétaire et budgétaire prévus par les traités de Maastricht et Lisbonne.
Quelle coïncidence de l’histoire que ce 9 mai soit le jour exact du 60ème anniversaire de la déclaration Schuman, acte de naissance de la Communauté Européenne ! Le 9 mai 1950, les gouvernements français et allemand avaient décidé de mettre en commun leur charbon et leur acier, pour éviter toute possibilité de guerre.
Le 9 mai 2010, le gouvernement allemand a accepté les termes d’une nouvelle avancée française et consenti à partager son crédit international, et ses ressources financières, avec tous ses partenaires de la zone Euro mis en péril par leur endettement excessif. En se résolvant à acquérir des emprunts d’Etats portugais, grecs et espagnols sur le marché secondaire, la Banque Centrale Européenne a rompu avec l’esprit des traités qu’elle mettait encore en exergue la semaine précédente, et s’est attirée les foudres du Président de la Bundesbank, Axel Weber, candidat jusqu’alors favori à la succession de Jean-Claude Trichet.
L’intervention de la BCE a certainement protégé dans l’instant de nombreux épargnants européens qui auraient risqué des pertes considérables en cas de défaut quasi assuré d’un des Etats du Sud de l’Europe et de la crise bancaire qui en aurait résulté. A contrario, les investisseurs internationaux ont considéré qu’en suivant les politiques d’hyperstimulation monétaire menées par les Etats-Unis et la Grande Bretagne, la BCE affaiblissait l’Euro.
Soyons convaincus que ces décisions sont très attentivement soupesées par les grands argentiers chinois en charge du placement des 2400 milliards de Dollars de réserve de l’Empire du Milieu. La poursuite de la baisse de l’Euro favorisera les actions des grandes sociétés exportatrices européennes présentes dans le portefeuille des investisseurs. Elle risque en contrepartie de diminuer l’attrait des obligations émises par les gouvernements et les entreprises de la zone euro.
La situation paraît d’autant plus complexe que les premières mesures d’austérité prises au Portugal et en Espagne contribuent dans un premier temps à freiner la reprise amorcée. Les expériences de redressement budgétaire mises en œuvre dans les 20 dernières années en Suède et au Canada, par exemple, ainsi que la théorie économique démontrent que les déficits doivent être résorbés par une baisse drastique des dépenses publiques et non par une hausse des impôts. C’est le seul moyen de retrouver ensuite une vraie croissance.
Enfin, le cours de l’or a retrouvé son plus haut historique, marque d’une défiance envers les monnaies papier, et les déficits croissants des Etats. L’Europe pour avancer à nouveau devra entamer une immense réforme de ses finances publiques.