Echos de presse

29 sep 2011

Les bourses n’ont pas besoin d’une croissance forte pour rebondir

Guillaume Dard, Président de Montpensier Finance répond aux questions du Point

Peut-on encore croire au marché actions ?

Guillaume Dard (*): Les actions sont injustement traitées. Pour la simple raison qu’elles sont le placement le plus liquide. Elles sont le premier actif sur lequel les investisseurs interviennent au premier signe d’inquiétude. Elles sont également l’outil privilégié des hedge funds pour jouer les marchés à la baisse et ce dans un contexte où les investisseurs institutionnels agissent moins à cause des nouvelles normes réglementaires.

L’importance de la baisse ces dernières semaines est d’autant plus paradoxale que les entreprises depuis deux ans ont redressé leur activité, adapté leur business model à la crise, dégagé des bénéfices… Enfin, la plupart des grands groupes sont internationaux. Ils réalisent une part de plus en plus importante de leur activité hors d’Europe. On est en train de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Les investisseurs n’ont–ils pas des raisons d’être inquiets ?

La question fondamentale pour le marché est de savoir si les Etats vont être capables de régler le problème de leur dette. Or son ampleur est telle qu’il en doute. Selon une étude de la Banque des Réglements Internationaux (BRI), l’endettement de l’Etat, des ménages et des entreprises hors banques représente au Japon 455% du PIB, en Espagne 355%, en Grande-Bretagne 322%, en France 321%, en Italie 310%, aux Etats-Unis 268%, en Allemagne 241%.... A cela s’ajoute l’impact des programmes d’austérité sur la croissance. Celui-ci est d’autant plus négatif que la réduction des déficits est assurée par une hausse des impôts. Or c’est pourtant la direction que prennent les Etats !

Croyez-vous à l’éclatement de la zone euro ?

Au lancement de l’euro, les parités de change ont été bien posées. Depuis, les divergences de compétitivité entre les Etats se sont accrues. Par rapport à l’Allemagne, la Grèce a perdu environ 40%, la France plus de 15%. En témoigne l’aggravation du déficit de notre balance commerciale. On ne pourra pas continuer à fonctionner sur les bases actuelles, avec des écarts aussi grands.

Il faut donc faire sortir la Grèce ?

Tout sera fait pour l’éviter de peur de l’effet de contagion. On peut à l’inverse imaginer une sortie par le haut de l’Allemagne et des pays satellites et la cohabitation de deux zones progressant parallèlement. Ce serait moins dangereux que l’éclatement total.

Dans de telles conditions, les marchés peuvent–ils rebondir ?

Dès que les investisseurs arrêteront de vendre, les marchés rebondiront. Et ce sans forcément qu’ils aient besoin de racheter des titres. Ce fut le cas en 2003. Le faible niveau de détention laisse penser que le CAC pourrait revenir dans une zone entre 3000 et 3600 points.

Cela aura été la pire décennie depuis les années 30 !

Comme la décennie 90 l’a été pour l’immobilier. Je reste optimiste. La difficulté supplémentaire tient au fait que la France mais aussi l’Espagne, les Etats-Unis… sont en année électorale. Enfin la croissance sera certes faible au cours des prochaines années mais les marchés n’ont pas besoin qu’elle soit forte pour rebondir. Les entreprises peuvent avoir une profitabilité convenable sans cela.

Propos recueillis par Laurence Allard