Echos de presse
27 mai 2010
Interview de Guillaume Dard, président de Montpensier Finance : « Les marchés attendent de la cohésion »
Guillaume Dard, Président de Montpensier Finance répond aux questions du Point
Les marchés n’ont pas été rassurés par les mesures prises pour sauver l’Europe et l’euro. Que leur faut-il ?
Les gouvernements européens ont réglé le problème à court terme : enrayer la spirale de défiance générée par la dette grecque. Ils ont acheté du temps. Reste le problème structurel : l’endettement massif des démocraties occidentales et en particulier des pays latins. Or les contreparties exigées par l’Allemagne et la BCE ont un caractère récessif. Elles jettent le doute sur la reprise. D’autant que l’exemple de la Suède ou du Canada montre que le redressement doit reposer davantage sur une contraction des dépenses que sur des hausses d’impôts. Les marchés jugeront autant la qualité des mesures que la quantité.
La baisse de l’euro est une bonne chose car elle stimule les exportations. Elle attenue le choc de l’austérité. A cette nuance près qu’elle est davantage favorable à l’Allemagne qui exporte hors de la zone euro qu’à l’Espagne. Les marchés attendent aussi davantage de cohésion au sein de la zone et craignent que les mesures ne soient pas socialement acceptées.
Le décrochage de l’Europe par rapport aux Etats-Unis et à l’Asie ne va-t-il pas s’accentuer ?
Les bourses américaines et asiatiques corrigent elles-aussi. Les Etats-Unis ont des déficits encore plus élevés que ceux de l’Europe. La croissance de l’Asie repose toujours en grande partie sur les exportations vers l’Europe. Personne n’a intérêt à ce que l’Europe s’écroule. Les marchés ont déjà pris en compte le différentiel de croissance en faveur des Etats-Unis. Les titres se paient 16 fois les bénéfices outre-Atlantique contre 11 fois en Europe. Je ne crois pas au décrochage relatif.
La crise n’efface-t-elle pas complètement les résultats meilleurs que prévus des entreprises ?
Pas complètement. Même avec cette baisse, les cours de Daimler, SAP, Siemens, LVMH, PPR, Cap Gemini, Vallourec, EADS... affichent depuis le 1er janvier des progressions à deux chiffres. Les grandes perdantes sont les banques espagnoles (BVDA), italiennes, et les assureurs... De manière générale, les exportatrices vont tirer leur épingle du jeu alors que les financières souffriront des mesures d’austérité.
Les seuls épargnants qui s’en sortent ne sont-ils pas ceux qui arbitrent en permanence ?
A condition de ne pas se tromper ! Rentrer aujourd’hui sur les marchés comporte un risque, mais de nombreux attraits. Les dividendes sont supérieurs aux rendements du monétaire ou de l’obligataire. Il faudra sans aucun doute privilégier les sociétés dont le modèle de croissance est relativement indépendant de la conjoncture à l’image de valeurs de santé européennes, comme Novo Nordisk ou Fresenius.
Il a fallu attendre plus de vingt ans pour retrouver les cours de 29 !
On oublie les hausses qui ont jalonné la période ! Je suis d’autre part convaincu que pour relancer la croissance, les gouvernements devront favoriser l’investissement en actions.
Les années 90 ont été celles de la bourse, les années 2000 celles de l’immobilier. Qu’en sera-t-il des années 2010 ?
La baisse des taux favorise toujours l’immobilier. Mais sur le long terme, les performances de la pierre et des actions se sont toujours rejointes. L’écart actuel me parait excessif. Durant le 20ème siècle, les actions n’ont été perdantes que pendant une décennie. On vient de la vivre au 21ème siècle. S’agissant des obligations, la fenêtre de tir qu’a constitué la crise, est finie.
Propos recueillis par Laurence Allard