Echos de presse

12 sep 2011

Un monde en déséquilibre

Valeurs Actuelles - Avis d’Expert par Guillaume Dard

Dans la théorie des jeux, « l’équilibre de Nash » désigne le concept inventé par le grand mathématicien, selon lequel la stratégie de chaque acteur tend à être la meilleure possible en fonction de celle des autres. Ainsi, si je roule à droite, vous roulez à droite. Mais actuellement, comme le souligne très justement le stratégiste John Mauldin, l’économie mondiale fonctionne à un niveau d’équilibre de Nash extrêmement bas, ce qui explique l’extrême préoccupation actuelle des marchés financiers.

Le déséquilibre mondial majeur est celui du poids de la dette gouvernementale et privée. Selon une étude récente de la Banque des Règlements Internationaux, le total de la dette des ménages, des entreprises et de l’Etat représente en 2010 : 456% du Produit National Brut au Japon, 355% en Espagne, 322% en Grande Bretagne, 321% en France, 310% en Italie, 268% aux Etats-Unis et 241% en Allemagne.

Ces chiffres se sont probablement accrus cette année. Cette dette totale des pays de l’OCDE (hors dettes du système financier) s’élève en moyenne à plus de 310% contre 246% en 2000 et 170% en 1980.

Ce rythme de croissance n’est bien évidement plus supportable, d’autant que des dettes considérées traditionnellement comme les plus sûres, celles des Etats, sont désormais dégradées par les agences de notation car elles atteignent ou dépasseront bientôt le seuil fatidique de 90% du PNB.

Le déséquilibre majeur de la zone euro est celui de la compétitivité divergente des pays qui la composent. La monnaie unique a anesthésié les investisseurs durant presque 10 ans, mais aussi la plupart des gouvernements, trop heureux de se dispenser des efforts nécessaires à une bonne gestion des finances publiques. L’Allemagne, structurellement le meilleur compétiteur en termes industriels, s’est montré l’Etat le plus discipliné qu’il soit gouverné par la droite ou par la gauche. Pendant ce temps, la plupart des Etats du Sud de l’Europe, dont notre pays, ont laissé courir les déficits.

Le poids des charges sociales, des dépenses publiques et des impôts les rend désormais incapables de concourir bien longtemps avec les pays du Nord de l’Europe. Ceux-ci sont ouverts à une solidarité à l’intérieur de la zone Euro, sous réserve que les Etats du Sud baissent réellement leurs dépenses publiques.

De plus, les marchés restent vigilants quant à l’application des plans de redressement des comptes des Etats, car ils savent que si ces derniers se contentent d’augmenter les impôts, la croissance s’effondrera.

Les temps actuels sont marqués aussi par d’autres déséquilibres mondiaux : ceux du coût des retraites et de la santé dans les pays développés, ceux de l’inflation et des besoins croissants de matières premières, d’énergie et de produits agricoles des pays dits émergents.

Face à ces déséquilibres et à l’exacerbation des tensions sur les dettes bancaires et des Etats périphériques, l’investisseur devra plus que jamais rechercher des entreprises dont le Business Model saura s’adapter à cette nouvelle donne.