Editoriaux

06 aoû 2011

A court terme, le rebond des marchés d’actions exige des manifestations de bonne volonté de la Banque Centrale Européenne et de l’Allemagne

La très forte baisse des marchés depuis 10 jours a amené le prix des actions à des niveaux historiquement attractifs. Sur la base des critères traditionnels de valorisations, les opportunités d’achat paraissent nombreuses.

Cependant trois grandes inquiétudes forcent les investisseurs à demeurer circonspects : une crise de la gouvernance en zone Euro, le fardeau de l’endettement américain souligné par la perte de la note AAA des Etats-Unis, et enfin la crainte d’un ralentissement de l’économie chinoise.

Après un feuilleton qui a duré des mois, les dirigeants européens ont annoncé pour la sixième fois en 18 mois un plan de sauvetage « définitif » de la zone Euro. Les mesures adoptées lors du dernier sommet extraordinaire, le 21 juillet dernier, n’ont pas calmé les marchés. Les taux des obligations italiennes et espagnoles atteignent des records.

Comme l’a déclaré l’ancien Ministre des Affaires Etrangères allemand, Joschka Fischer, l’axe franco-allemand devrait utiliser la crise actuelle pour faire avancer l’intégration européenne. Il estime néanmoins que leur réussite est incertaine, étant donné l’état actuel de l’opinion européenne. L’idée de décroissance est invendable politiquement et impraticable socialement. Il ajoute que si les responsables français et allemands n’essaient pas, leur défaite aux prochaines élections est certaine, celle de l’Europe aussi.

Aux Etats-Unis, au terme d’un psychodrame qui a duré des semaines, le Congrès a fini par autoriser la Maison Blanche à relever le plafond d’endettement du Trésor pour la 78ème fois depuis 1960 ! Les républicains ont obtenu près de 2400 milliards de dollar de réduction de dépenses publiques en moins sur les dix prochaines années. Pour les marchés, la bombe à retardement de l’endettement n’a pas été désamorcée pour autant, car la dette augmente toujours plus vite que la richesse produite par les Etats-Unis ; c’est ce qu’estime l’agence de notation S&P en dégradant la notation américaine de AAA à AA+, avec de surcroit une perspective négative à long terme.

En Chine, selon Fitch l’ensemble des crédits accordés par les banques chinoises représenterait 185% du PIB, c’est-à-dire un niveau d’endettement tout à fait comparable à celui des Etats-Unis et de l’Europe. Il est donc tout à fait facile d’imaginer les conséquences négatives que pourrait avoir un fort ralentissement chinois sur les économies américaines et européennes.

Pour le moment, il faut s’attendre à ce que la croissance des résultats des sociétés soit revue à la baisse pour 2011, autour de 5% aux Etats Unis et de 3% dans la zone Euro. Il ne s’agit donc pas encore d’une récession sauf si un accident se produisait en Chine.

Les secteurs défensifs commencent à être largement valorisés. Normalement, des achats progressifs pourraient être effectués sur les sociétés profitant encore de la mondialisation, certains services régulés protégeant contre l’inflation, une sélection de sociétés de technologie liées au « cloud computing » et toujours le thème des sociétés offrant de la croissance visible.

La capitulation est en train de se mettre en place, mais comme l’histoire des marchés le montre amplement, il n’y a rien de plus difficile à prévoir que le jour « J » du point bas. La bonne volonté de la BCE est à ce stade indispensable pour rassurer les opérateurs ; si elle surmontait les résistances allemandes, et achetait des obligations italiennes et espagnoles sur les marchés secondaires, les bourses européennes pourraient connaître un vif rebond, sous réserve que la dégradation de la note américaine n’inquiète pas outre mesure les investisseurs.