Editoriaux
11 jul 2011
La croissance est toujours là, mais les risques d’erreur politique grandissent
Monde : il faut être inquiet mais pas pessimiste
Pour le moment, la croissance mondiale est toujours là, selon le FMI qui reste confiant. Quatre risques principaux demeurent présents : la Fed pourrait commettre une erreur dans sa politique monétaire, plongeant l’économie américaine de nouveau en récession, la croissance chinoise pourrait ralentir plus fortement que prévu entraînant un ralentissement fort dans les pays émergents, un défaut de paiement non contrôlé en Europe, ou enfin une envolée du prix du pétrole. Ces scenarios de référence sur lesquels travaillent les stratégistes et des gérants du monde entier peuvent bien évidemment se combiner pour déterminer un arbre de décisions qui peut aller jusqu’à 16 sous-scénarios.
Fed : encore un lapin dans le chapeau ?
La Federal Reserve a fait l’objet de nombreuses critiques pour sa stratégie de très forte inspiration keynésienne, qui a néanmoins permis d’éviter une véritable dépression. Le bilan économique attribuable à Barack Obama fait l’objet d’une forte contestation y compris dans le camp démocrate, avec notamment un taux de chômage qui reste bloqué sur 9% et 44M d’américains qui se nourrissent tous les jours grâce aux « Food Stamps » contre 32M à son arrivée à la Maison Blanche. La sortie du QE2 est donc périlleuse. Elle peut déboucher soit sur de la déflation, soit sur de l’inflation, en fonction des décisions qui seront prises par Ben Bernanke. Entre les deux on sait qu’il choisira toujours l’inflation, stratégie qualifiée par certains de « répression financière » qui consiste pour un état à utiliser l’inflation pour ne rembourser ses dettes que partiellement.
Chine : entre le lance flamme et l’extincteur
Un ralentissement de la croissance chinoise nécessité par un rythme d’inflation qui dépasserait les 5%, constituerait une véritable menace, compte tenu de l’importance de la Chine dans la croissance mondiale. Jusqu’à maintenant les autorités chinoises n’ont utilisé que deux politiques : celle de l’extincteur au moment des périodes de surchauffe, et celle du lance-flammes dans les périodes de ralentissement de la croissance. Cette politique peut devenir difficile à mettre en œuvre par un Parti Communiste confronté à des aspirations démocratiques.
Europe : la Grèce devra choisir entre le toboggan avec airbag et le saut en parachute sans parachute
La Grèce est au cœur des angoisses des investisseurs. Ils craignent que le défaut de ce pays soit l’équivalent de Bear Stearns, que le Portugal soit l’équivalent de Lehman et que finalement l’ampleur du sauvetage de l’Espagne soit du même ordre de grandeur que celui de AIG et Citibank réunis. La difficulté d’aligner les positions de la « Troika » (BCE, UE, FMI) est grande. Gérer la dette sans casser la croissance est l’objectif que doivent s’efforcer d’atteindre les politiques publiques. En cas d’échec, le désordre social et les effets du populisme dans les urnes peuvent être terribles
Pétrole : il va rester une des meilleures protection contre les risques d’inflation
Pétrole : les prix vont rester élevés car en dehors de l’Arabie Saoudite il y a très peu de capacité disponible. Le prix dont l’Arabie Saoudite a besoin pour équilibrer son budget est désormais de 91$ contre 74$ auparavant. On voit mal comment le baril pourrait descendre durablement en dessous de 100$. Cette situation va relancer les investissements des compagnies pour rechercher du pétrole et du gaz dans les zones non OPEP.
Stratégie : la valorisation très raisonnable des actions reste un facteur de soutien
La phase actuelle correspond à une consolidation de milieu de cycle. Pour rebondir significativement, il nous faudrait constater une sortie de QE2 maîtrisée aux Etats-Unis, un « soft landing » chinois et une baisse des matières premières sur le plan mondial. Les crises créent toujours des points d’entrée sur des valeurs qui ont été injustement pénalisées. C’est ce qui est en train de se produire. La période est favorable aux « stock-pickers » qui sauront faire preuve d’un peu de patience. Des occasions d’achat devraient se produire pendant l’été. Le MSCI World se paye 11,6x les résultats des douze prochains mois. Un rebond au second semestre est envisageable. Les marchés vont rester tactiques ; profitant le plus aux investisseurs non émotionnels… En matière d’allocation : surpondérer les marchés développés, surtout l’Europe, profiter de la convexité des convertibles, et renforcer les obligations corporate en cas de hausse des taux.