Echos de presse
01 jul 2010
« Spécial Yuan » pour le G20
Valeurs Actuelles - Avis d’Expert par Guillaume Dard et Jean-Jacques Netter
En ces temps de Coupe du Monde, où certains imaginent même la mise en place d’une taxe Tobin sur les footballeurs, rappelons que « Special One » est le surnom du meilleur entraineur européen, José Mourinho, grand stratège défensif, champion avec l’Inter de Milan, et demain peut-être avec le Real de Madrid. Mais actuellement dans la sphère financière, la monnaie et la signature préférées ne sont ni portugaise, ni espagnole, ni italienne, mais chinoise. Il reste à espérer que la Chine, elle aussi prudente et habile stratège, n’a pas créé un « spécial Yuan » juste pour le G20 et pour éviter de se retrouver l’accusée du sommet de Toronto.
Les débats du G20 à Toronto, ont porté sur le délicat équilibre entre la poursuite de la croissance et la réduction des déficits. Les conversations sur la politique économique et les stratégies de sortie de crise entre américains et européens sont probablement moins harmonieuses que le communiqué final. Le « compromis canadien » prévoit une réduction de la moitié des déficits en 2013, et une stabilisation en 2016 de la dette par rapport au PNB, tout en permettant une certaine poursuite des plans de relance. L’Amérique privilégiait la croissance et l’Europe, emmenée par l’Allemagne, la sagesse budgétaire. Tout le problème est que le ratio de 60% de dette sur PIB est une sorte de convention. Quand l’Argentine a fait défaut en 2001 son ratio était de 54%. La dette publique japonaise culmine à 125% et n’inquiète pas encore car elle est financée par l’épargne nipponne.
Les Etats-Unis, comme l’a dit Tim Geithner, Secrétaire au Trésor, avaient pour objectif d’utiliser cette réunion pour « rééquilibrer l’économie mondiale », ce qui signifie assurer la reprise américaine. Barak Obama, en campagne électorale pour les élections de mi-mandat qui s’annoncent mal, craint plus que tout une rechute de la croissance, le fameux « double dip ».
L’Europe souffre depuis 1989 d’un déficit de cohérence entre sa politique monétaire et sa politique économique. Comme le dit Jacques Delors, après « ses pompiers », l’Europe attend « ses architectes ».
La Chine, grand dragon de la croissance mondiale est aussi confrontée à des problèmes complexes. Son modèle fondé sur les exportations n’est pas soutenable éternellement et provoque une vive réaction des hommes politiques américains. La Chine a donc annoncé la semaine dernière une modification de sa politique de change. Le Yuan est désormais « flexible » et indexé sur un panier de monnaies. Son cours actuel, 6.80 Yuan pour 1 Dollar, reste très inférieur à la parité de pouvoir d’achat, environ 3.90. Comme le souligne Octo Finance, la Chine sort ainsi d’une « Union Monétaire » avec les Etats-Unis. Ceci pourrait entrainer un problème de financement de l’immense dette américaine et une hausse des taux et de l’inflation.
Dans ce contexte morose pour les Etats-Unis et la dette souveraine, la dextérité des entreprises à résister aux turbulences de toutes sortes reste impressionnante.