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"L’Allemagne, un nouveau facteur d’incertitude pour les marchés" par Guillaume Dard, Président de Montpensier Finance

L'Oeil de Montpensier

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L’Allemagne, un nouveau facteur d’incertitude pour les marchés

Le chef d’un gouvernement européen, cible d’un ultimatum de son propre ministre de l’Intérieur, voilà bien un événement qui va à l’encontre de notre vision classique de l’Allemagne. Notre voisine d’Outre-Rhin, dont le modèle ordo-libéral, alliance de stabilité, de prudence et de cohérence était la protection vers laquelle il était réconfortant de se tourner en Europe lorsque les vents de l’incertitude se renforçaient.

Cette situation, à laquelle la Chancelière Angela Merkel a été soumise fin juin par Horst Seehofer, leader de la CSU, parti allié depuis 1949 à la CDU de Madame Merkel, est pourtant moins étonnante lorsqu’on étudie la situation économique, sociale et politique de l’Allemagne, qui reflète par bien des aspects les problématiques et les tensions auxquelles est confrontée l’ensemble de l’Europe.

Commençons par l’économie. La dynamique de la première puissance économique de l’Union Européenne, la locomotive du Vieux Continent, est clairement enrayée depuis le début 2018. Ceci se voit nettement dans notre indicateur de Momemtum économique.

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Le 19 juin dernier, l’institut IFO, a pris acte de ce ralentissement significatif en révisant à la baisse sa prévision de croissance annuelle Outre-Rhin, dégradant ses estimations de 2,6% à 1,8% pour 2018. La raison principale avancée par l’IFO réside dans la dégradation des perspectives d’exportation. En effet, celles-ci pâtissent de la montée des tensions commerciales entre les Etats-Unis et leurs principaux partenaires, parmi lesquels l’Allemagne – principalement via ses grands constructeurs automobiles – est en première ligne.

Ces tensions commerciales mettent à mal la cohésion de l’Europe, en proie aux intérêts divergents de ses membres, face à un Donald Trump qui a décidé de remplacer les instances de discussions multilatérales, par des négociations bilatérales systématiques où le poids économique et militaire des Etats-Unis lui assure une position dominante.  Les Allemands ne semblent ainsi pas hostiles à la proposition américaine de supprimer les droits de douane sur les automobiles américaines, mais se heurtent à la méfiance des constructeurs automobiles français, moins présents aux Etats-Unis et soucieux d’éviter les effets d’enchainements d’une telle mesure, par exemple avec les constructeurs coréens, en forte progression sur le marché français.

Elles alimentent également les problématiques sociales du pays. La forte réduction du taux de chômage, qui tangente aujourd’hui les 5%, couplée à une démographie en berne, rend le marché du travail allemand de moins en moins fluide. C’est – au moins en partie – pour répondre à cette problématique que la chancelière avait décidé en 2015 d’ouvrir les frontières, accueillant ainsi plus de 220000 demandeurs d’asile en 2017, soit le double de la France. Cet afflux a renforcé le parti identitaire AfD et, bien avant le Brexit ou l’Italie et la surprenante coalition M5S-Liga, a remis le débat sur l’immigration au centre du jeu politique en Europe.

L’Europe est désormais elle aussi à un carrefour, entre le repli sur soi préconisé par le groupe de Visegrad – Hongrie, Pologne, République Tchèque et Slovaquie – et la relance de l’intégration économique et politique dans le sillage des propositions françaises. D’ores et déjà, le groupe de Visegrad a refusé cette semaine les propositions de la commission européenne sur les migrations, ce qui augure mal du sommet européen des 28 et 29 juin prochains, où le sujet figure en tête de l’agenda.

 

Une Allemagne qui se cherche et qui hésite devient le symbole d’une Europe à l’arrêt. Dans un monde qui accélère, elle ne pourra pas éternellement compter sur la BCE ou sur le dynamisme économique du reste du monde pour pallier ses manques.  Un rebond – un sursaut ? – est attendu. Faute de quoi, nous pourrions bien méditer le mot de Konrad Adenauer « l’histoire est le total des choses qui auraient pu être évitées ».

Quoiqu’il en soit, à plus court terme, en cas de prolongation de cet état de faiblesse allemande, la volatilité pourrait être de retour sur les marchés.

 

Par Guillaume Dard, Président de Montpensier Finance  

 

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