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Le nouveau « Whatever it takes », cette fois-ci des deux côtés de l’Atlantique

L'Oeil de Montpensier

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Le nouveau « Whatever it takes », cette fois-ci des deux côtés de l’Atlantique

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26 Juillet 2012, les taux à 10 ans italiens dépassent 6%, la zone euro doute de son avenir et Mario Draghi déclare : « je ferai tout ce qu’il faudra pour préserver la zone euro, et, croyez-moi, ce sera suffisant ». L’épisode, qualifié de "Whatever it takes" d’après l’expression anglaise utilisée alors par le président de la BCE, est considéré comme un des actes fondateurs de l’ère de la toute-puissance des banques centrales.

Quasiment sept ans plus tard, de nombreux observateurs de marché semblaient avoir oublié que cette période n’était pas révolue. Erreur : Les banques centrales se sont rappelées cette semaine aux bons souvenirs des marchés, et de quelle manière ! 

C’est tout d’abord Mario Draghi qui a ouvert la séquence mardi 18 juin au matin lors du forum des banques centrales à Sintra au Portugal. Inquiet des faibles anticipations d’inflation dans la zone euro, le président de la BCE a annoncé remettre sur la table l’option d’une baisse supplémentaire des taux d’intérêt, voire d’un retour des achats massifs d’obligations sur le marché dans le cadre d’une politique d’assouplissement quantitatif. La réaction des marchés a été immédiate : les actions se sont envolées et les taux souverains ont plongé, entrainant même brièvement le 10 ans français en territoire négatif pour la première fois de son histoire.

Ce moment « Whatever it Takes – Episode 2” mettait La Reserve Fédérale américaine dans une situation délicate. Malgré la dégradation réelle de l’économie outre-Atlantique, visible dans notre indicateur MMS de Momentum américain, une baisse de taux ne parait pas s’imposer. La récession semble en effet encore lointaine, avec un taux de chômage au plus bas depuis 1969 et un moral des ménages et des entreprises qui reste à des niveaux élevés. Mais La Fed pouvait-elle laisser le dollar grimper après les propos très accommodant de son homologue européenne ?

Momentum économique américain

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Sources : Montpensier Finance / Bloomberg au 21 juin 2019

Jerome Powell a craqué et a suivi le mouvement européen dès le lendemain en préparant les marchés au retour des baisses de taux (une première depuis 10 ans), voire à l’arrêt prématuré de la réduction du bilan de la Fed. Les marchés ont donc poursuivi leur marche en avant, saluant l’afflux potentiel de liquidité comme l’apparition d’une source dans le désert.

Bien sûr, tout n’est pas réglé et la réalité économique et stratégique pourrait vite frapper à la porte : tensions aux Moyen-Orient et en Mer de Chine, négociations commerciales houleuses entre la Chine et les Etats-Unis (avec l’Europe et son industrie automobile toujours dans la ligne de mire de Donald Trump), un Brexit potentiellement douloureux et dans les mains imprévisibles de Boris Johnson, ralentissement industriel mondial, les sources d’inquiétudes n’ont pas disparu.

En outre, à moyen terme, l’afflux de liquidités pourrait bien créer de nouvelles bulles, voire, en illustrant spectaculairement le rôle de plus en plus important des banques centrales dans la politique économique, remettre en cause les fondements mêmes de leur indépendance. Après tout, si elles s’écartent de leur mission strictement monétaire, pourquoi ne pas les remettre directement sous le contrôle des politiques et des élus ?

Mais pour les marchés, à ce stade, l’essentiel n’est pas là : les taux baissent, diminuant le prix du risque et celui du temps, et, permettant ainsi d’amortir l’érosion potentielle des profits futurs, garantissant la rentabilité des rachats d’actions et permettant de financer les opérations en capital.

Dans cet environnement, il ne faut pas oublier la vieille règle : « don’t fight the Fed » ! Autres épisodes à suivre dans les jours et semaines à venir : les résultats des entreprises au deuxième trimestre, le mercato des institutions européennes… et bien sûr les aventures de Donald Trump, en espérant qu’il reste – autant que possible – maître de ses nerfs.

Par Wilfrid Galand, Directeur Stratégiste

 

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