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"Populisme italien Acte II Scène 2 : SPQR" par Montpensier Finance

L'Oeil de Montpensier

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Populisme italien Acte II Scène 2 : SPQR*

Les longues tractations entre les deux partis « anti-système » italiens, ont finalement donné naissance à une plateforme de gouvernement, certes protéiforme, mais qui éloigne pour un temps incertain le risque de nouvelles élections. Néanmoins, la mise en place d’une politique tenant compte des promesses populistes et peu compatibles du mouvement « 5 étoiles » et de la Ligue du Nord pourrait faire long feu.

La prime de risque italienne s’est considérablement réduite depuis l’annonce et la validation par le Président de la République Mattarella d’un nouvel exécutif le 1er juin sous la responsabilité du juriste Giuseppe Conte. Un nouveau scrutin aurait selon les sondages renforcé le poids de la Ligue du Nord, plus eurosceptique, au parlement.

Cependant la mise en place du budget et sa présentation aux partenaires européens risque de générer à nouveau des mouvements d’anxiété et par conséquent des pics de volatilité dans les semaines à venir. Quel sera le degré commun de volonté politique de la coalition Salvini / Di Maio à se battre contre les instances européennes pour appliquer ne serait-ce qu’une partie de leur programme ?

Si l’on se penche sur la dynamique de croissance italienne, illustrée par l’indicateur de Momentum MMS (Montpensier Market Scan), force est de constater qu’après un rebond très marqué à partir de mars 2017 la tendance a commencé à s’inverser depuis janvier 2018.

Indicateur de Momentum Economique italien

IT

Sources : Montpensier Finance / Bloomberg au 4 juin 2018

L’indicateur de momentum économique prend en compte les dernières publications du chômage, des ventes de détail, de la balance commerciale, de l’indicateur avancé du PIB, de la confiance du consommateur, du PMI, de la confiance économique et de la production industrielle. Il est représenté par la courbe bleue (graph. ci-dessous) dont la hausse traduit une accélération de la croissance et inversement.

 

Globalement l’économie italienne allait mieux, la croissance du PIB a été de +1.5% en 2017, la balance extérieure est excédentaire de 2.8 % du PIB et le déficit budgétaire reste dans la limite des - 3 % depuis 2012 (à -2.7 % l’an passé). Qui plus est, fait rare en zone euro, près des deux tiers de la dette italienne sont détenus par des intérêts domestiques.

Le moment peut donc apparaître opportun aux yeux des nouveaux dirigeants italiens pour engager un bras de fer avec Bruxelles d’autant plus que le solde théorique des besoins nets de financement du trésor Italien (après achat par la BCE dans son programme PSPP) est négatif jusqu’à la fin de l’année (-33 milliards estimés).

Le jeu est compliqué et les promesses nécessitent d’être financées. Une hausse trop marquée de la prime de risque italienne et par conséquent des taux d’intérêts rendra les projets difficilement soutenables. La réduction programmée par la BCE de sa politique accommodante ne peut que compliquer la mise en place d’une politique économique et fiscale moins orthodoxe.

La rhétorique est ouvertement dirigée vers l’Allemagne et sa Chancelière Angela Merkel. Celle-ci a clairement réaffirmé ce week-end que si l’idée d’un Fond Monétaire Européen pouvait être étudiée, il est toujours hors de question de discuter d’une mutualisation des dettes de la zone. Les chances d’un effacement de tout ou partie de la dette italienne comme l’ont réclamé des membres influents de la coalition au pouvoir en Italie est aujourd’hui proche de zéro. Et en attendant, le déficit de l’Italie dans le système Target 2 s’accentue à -442 milliards d’euros.

L’exemple italien devra être scruté attentivement dans l’environnement européen actuel. Une part croissante des discussions économiques et politiques y est centrée sur des thèmes populistes et eurosceptiques avec, il est vrai, des ressorts locaux (Grande-Bretagne, Espagne, Autriche…).

Il est paradoxal que ce pic de populisme survienne au moment où la croissance mondiale est forte et où les Banques Centrales sont très accommodantes. La BCE ne pourra donc sortir de sa politique monétaire non conventionnelle que lentement et progressivement afin d’éviter un choc brutal.

 

Par Montpensier Finance

 

* Première marque globale, le sigle SPQR pour Senatus Populusque Romanus ( le Senat et le peuple romain) symbolise la double allégeance du politique au Senat et au peuple,  à moins que comme le suggérait le regretté René Goscinny dans Astérix l’acronyme ne signifie  plus prosaïquement Sono Pazzi Questi Romani : Ils sont fous ces Romains !!

 

 

 

 

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