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Trump, allié paradoxal de l’Europe ?

L'Oeil de Montpensier

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Trump, allié paradoxal de l’Europe ?

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Trump d’un côté, Xi Jinping de l’autre, et l’Europe au beau milieu de tout ça... A la manière de Clint Eastwood dans « Pour une poignée de dollars », navigant entre deux familles rivales, la position pourrait ne pas être si inconfortable, voire potentiellement rémunératrice, c’est en tout cas l’avis d’une agence économique rattachée aux Nations-Unies.

Voici près d’un an que les négociations commerciales ont commencé entre les Etats-Unis de Donald Trump et la Chine de Xi Jinping et la tension n’a jamais semblé aussi grande entre les deux géants. Donald Trump se vante, dans ses tweets, que « la Chine a été sévèrement dominée dans les discussions », qu’il est « plus simple et plus efficace de prélever des droits de douanes que de faire un accord commercial » tandis que le South China Morning Post, sur son site internet qualifie ces menaces de taxations de « digne de Thanos », le dieu maléfique qui souhaite la fin de l’humanité dans le film « Avengers Infinity Wars » !

A l’écart de ce maelström mais très dépendante du commerce mondial, l’Europe semble en délicate posture. , La part des exportations des pays de la zone euro dans leur richesse nationale est en effet plus du double de celle de la Chine, et le triple de celle des Etats-Unis. Toute remontée des murs dans ce « monde plat » au sein duquel elle s’est développée, constitue donc une menace majeure pour sa prospérité. Lorsque l’on observe notre indicateur de Momentum Economique MMS de la zone euro, nul hasard : le décrochage a lieu début 2018, au moment où le commerce mondial commence à ralentir.

Le momentum économique de la Zone Euro a décroché début 2018

 

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Sources : Montpensier Finance / Bloomberg au 13 mai 2019

C’est bien sûr l’industrie qui est en première ligne, et en premier lieu le secteur automobile allemand, premier accusé du fort ralentissement économique Outre-Rhin, avec une prévision de croissance en Allemagne désormais ramenée à 0,5% pour 2019 par la Commission européenne. Ce ralentissement du secteur manufacturier, très lié au dynamisme des échanges internationaux, est d’ailleurs général dans le monde depuis plusieurs mois, à tel point que certains parlent, comme fin 2015, d’une « récession industrielle » qui menacerait le cycle économique de croissance actuel.

L’impasse actuelle des discussions sino-américaines semblent donc de bien mauvais augure pour le Vieux Continent, et ce d’autant plus que Donald Trump menace, de plus en plus explicitement, de relever les taxes sur les automobiles européennes si les discussions commerciales entamées avec Jean-Claude Juncker en juillet dernier, n’aboutissaient pas rapidement.

Et pourtant, c’est dans ce contexte complexe que la CNUCED (Commission des Nations Unies pour la Coopération et le développement) a produit une étude montrant que le gagnant d’une guerre commerciale généralisée entre les Etats-Unis et la Chine pourrait être… l’Europe ! (Cf. tableau ci-dessous)

L’Europe pourrait profiter de la guerre commerciale

 

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Sources : CNUCED (Commission des Nations Unies pour la Coopération et le développement)

L’explication est simple : les Etats-Unis et la Chine sont respectivement les premiers et deuxièmes partenaires commerciaux de l’Union Européenne, loin devant la Russie et la Suisse. Tout ralentissement des échanges sino-américains bénéficierait donc mécaniquement au troisième acteur, l’Europe ayant un profil similaire aux Etats-Unis (à l’exception des produits énergétiques) dans ses échanges avec l’Empire du Milieu. D’autant plus qu’en cas de rupture définitive avec la Chine, une accélération des hostilités commerciales avec l’Europe ne serait probablement pas très populaire aux Etats-Unis, sur le point d’entrer dans le vif de la campagne électorale de 2020.

N’allons pas évidemment jusqu’à souhaiter un échec des négociations commerciales en cours, mais, à l’heure où l’Europe suscite débats, controverses et parfois commisération, l’ironie de l’histoire – voire la ruse hégélienne ultime de celle-ci – pourrait paradoxalement faire de Donald Trump l’allié du Vieux Continent.

Par Wilfrid Galand, Directeur Stratégiste

 

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