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"La fin de l'aura magique" par Guillaume Dard, Président de Montpensier Finance pour Valeurs Actuelles

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"La fin de l'aura magique" par Guillaume Dard, Président de Montpensier Finance pour Valeurs Actuelles 

 

Vous aviez anticipé le retournement des marchés pour cette année. Pourquoi intervient-il maintenant ?

 

Le déclenchement est venu principalement des inquiétudes sur la croissance chinoise. N’oublions pas que le renforcement des turbulences boursières a coïncidé avec la publication de LVMH le 9 octobre dernier qui alertait sur un possible ralentissement de ses ventes en Chine. Même aux Etats-Unis, le doute s’installe : la relance fiscale de Donald Trump, décidée fin 2017, devrait voir ses effets positifs s’estomper en 2019 et même se renverser dès 2020 par la faute de la remontée des taux d’intérêt. La saison des résultats aux Etats-Unis a concrétisé ces craintes sur le chiffre d’affaires à venir des entreprises, et a rajouté des menaces sur leur marge opérationnelle en raison des hausses de coûts liées à la guerre commerciale et à un marché de l’emploi de plus en plus tendu. La hausse des marchés américains depuis plusieurs trimestres, en particulier le Nasdaq, a, en outre, contribué à déclencher de fortes prises de bénéfices face à des profits futurs qui paraissent brutalement plus incertains.

 

La chute des GAFA correspond t elle selon vous à l éclatement d’une bulle ?

 

Comme pour toutes les entreprises cotées, les marchés évaluent les perspectives de croissance de l’activité des GAFA et la progression de leur rentabilité. Ces promesses ont longtemps paru quasi infinies. Or deux éléments sont venus contrarier ces perspectives radieuses et remettre de la rationalité dans le comportement des investisseurs : l’irruption de possibles pressions réglementaires, tant du point de vue des données, que de la concurrence ou de la fiscalité ; et la dépendance de ces entreprises à la croissance mondiale, en particulier via leurs activités de publicité et de commercialisation de données. La chute actuelle correspond simplement à une mise à jour de ces perspectives, qui restent excellentes mais abandonnent leur aura « magique ».

 

Êtes-vous inquiets par la politique monétaire de la FED et le mouvement amorcé de hausse des taux ?

 

La politique monétaire de la Fed s’ajuste à la réalité de la croissance économique américaine : avec une croissance de 3,5% en rythme annuel au troisième trimestre et un taux de chômage au plus bas depuis 1969, il est normal que les taux remontent progressivement et que la politique monétaire abandonne son biais accommodant. La Fed doit en outre prendre en compte la progression du déficit budgétaire américain et le creusement de la dette, de moins en moins financée par des acteurs étrangers. Malgré tout, les taux réels sont encore très bas. Cette remontée des coûts de financement de l’économie américaine, et de toutes les économies financées en dollars, représente néanmoins un changement majeur d’environnement auquel les marchés doivent s’adapter. Tant que la hausse restera très progressive, l’adaptation pourra se faire sans mal. Ce serait beaucoup plus délicat en cas de remontée brutale, portant rapidement les taux longs au delà de 4% par exemple.

 

Croyez-vous à un ralentissement économique US ?

 

La relance fiscale de Donald Trump ne peut continuer à produire ses effets ad vitam et l’économie américaine devra inéluctablement revenir d’ici 12 à 18 mois vers son niveau de croissance potentielle. La vraie question tourne désormais autour du niveau de cette croissance potentielle. Peut-elle s’accroître grâce à l’augmentation de l’investissement, visible depuis quelques mois aux Etats-Unis ? Il est vraisemblable que le rythme de croissance américain devrait être plus proche de 2,5% que de 3% dans la deuxième partie de 2019. La récession nous semble encore lointaine à ce stade mais il faudra surveiller deux points : le creusement du déficit budgétaire qui renforce la pression à la hausse des taux d’intérêt, et les impacts inflationnistes des tensions avec la Chine.

 

 

La guerre commerciale US / Chine constitue-t-elle le principale risque pour l économie mondiale ?

 

Incontestablement. Nous sommes à un moment crucial de la confrontation entre la puissance dominante de ces cent dernières années et celle qui veut prendre sa place. Depuis Thucydide, l’histoire nous apprend que ces moments peuvent être générateurs de très fortes perturbations. D’un point de vue économique, cette guerre commerciale pourrait marquer la fin du « monde plat » dans lequel étaient organisées les chaines de valeurs complexes qui font la force des entreprises internationales. Ce changement structurel est potentiellement très perturbant. De ce point de vue, la fin de la séquence électorale « mid-terms » aux Etats-Unis et le prochain sommet du G20 fin novembre à Buenos Aires avec la rencontre prévue entre Donald Trump et Xi Jinping pourraient, nous l’espérons, permettre de faire redescendre les tensions.

 

La croissance européenne est aussi revue à la baisse. Quelle tendance anticipez-vous pour la Bourse de Paris ?

 

L’Europe est un continent très ouvert sur l’extérieur et donc très sensible à la dégradation du sentiment économique général. D’un point de vue de marché, le marché directeur reste le marché américain et tout fléchissement Outre-Atlantique se répercutera inéluctablement sur le Vieux Continent. Notre sentiment global reste ainsi prudent face à la nette dégradation des configurations de marché et aux incertitudes économiques. Néanmoins, nous restons convaincus qu’une approche sélective permet de détecter de réelles opportunités d’investissement, y compris dans le segment des petites et moyennes valeurs européennes, dont la valorisation a fortement baissé en raison de flux de marchés très négatifs et parfois déconnectés des fondamentaux des entreprises

 

Quels actifs financiers font encore office de valeurs refuge ? Comment interprétez vous la volatilité du dollar depuis le début de l année ? 

 

Nous constatons un retour généralisé de la volatilité, tant sur les actions que sur les obligations, en particulier à haut rendement. Ce sentiment de marché négatif profite aux refuges traditionnels que sont le Yen, le Franc Suisse et l’or. Dans les marchés actions, les valeurs les moins sensibles au commerce mondial et dont les flux de trésorerie paraissent solides sont privilégiées et semble encore solides dans ce contexte volatil, à l’image des télécommunications ou des valeurs pharmaceutiques. Quant au dollar, il reste très dépendant des anticipations de politique monétaire de la Réserve Fédérale. A ce stade, elle semble déterminée à poursuivre son chemin de remontée graduelle des taux, alors que la BCE ou la BoJ demeurent, à l’inverse, accommodantes. Il est donc naturel que le dollar en profite.

 

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