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Le volcan français en éruption : un aiguillon pour l’Europe ?

L'Oeil de Montpensier

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Le volcan français en éruption : un aiguillon pour l’Europe ?

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1er décembre 2018, après avoir investi de bon matin les Champs Elysées puis la place de l’Etoile, des manifestants en gilets jaunes dévastent l’Arc de Triomphe puis sèment la désolation dans les environs. Certains en appellent même à « marcher sur l’Elysée ». Le 8 décembre, de nouveau, les voitures brûlent au cœur de Paris. La situation est inquiétante. Comment en est-on arrivé là ? Peut-on paradoxalement trouver des motifs d’espoir pour l’Europe ?

Tout s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices pour Emmanuel Macron. Le 6 mai 2017, il est élu Président de la République française. 11 mois après le vote britannique en faveur du Brexit, 6 mois après l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, l’événement est interprété dans le monde et en Europe comme un coup d’arrêt au populisme, comme le retour du multilatéralisme, de l’approche concertée entre les nations, et plus spécifiquement, du projet Européen, au centre de la scène.  Sur le Vieux Continent, le trio progressiste qu’il forme alors avec Angela Merkel et Paolo Gentiloni – l’ancien ministre des Affaires Etrangères de Matteo Renzi – semble représenter l’avenir de l’Europe.

18 mois plus tard, en novembre 2018, les gilets jaunes font irruption dans le paysage français L’exaspération des laissés pour compte de la croissance, de ceux qui n’ont jamais récupéré de la crise de 2008 ni surtout de l’immobilisme des trente dernières années, devient tonitruante. Parallèlement, en Italie, une coalition des populistes s’est mise en place après les élections générales de mai 2018 et, en Allemagne, Angela Merkel a dû abandonner la présidence de son parti, fragilisée par de multiples défaites électorales régionales.

Travaillée par des forces centrifuges, de l’Est du groupe de Visegrad, mené par la Pologne du parti « Droit et Justice », à l’Ouest du Brexit, et du Nord de la nouvelle ligue Hanséatique, sous la houlette des Pays-Bas, vigilants gardiens de l’orthodoxie budgétaire, au Sud de l’Alliance hétéroclite M5S-Lega, l’Europe se débat pour retrouver un avenir commun.

Si l’on cherche des motifs d’espoir pour 2019 – après tout, le désespoir tient rarement ses promesses - dans ce tourbillon, le volcan français pourrait être un aiguillon pour l’Europe. Un des éléments partagés par la quasi-totalité des pays européens est en effet un fort ralentissement de sa croissance. Ainsi, notre indicateur de Momentum économique Montpensier montre un net ralentissement depuis le premier trimestre de cette année sur l’ensemble de la zone euro. Même l’Allemagne n’est pas à l’abri de cet essoufflement.

Plus largement, la conjonction d’un ralentissement économique sensible et de tensions sociales fortes dans plusieurs pays de l’Union, met à l’épreuve la solidité des traités européens. Compte tenu de la situation politique, il n’est pas totalement exclu que les quatre grands pays de l’Union – Allemagne, France, Italie et Espagne – connaissent simultanément des élections générales anticipées en 2019, à peu de distance des élections européennes.

Il n’y a pas si longtemps, face à une situation mettant en jeu l’existence même de la zone euro, en 2011, la Banque Centrale Européenne, par la voix de son président Mario Draghi, avait clairement choisi l’euro contre les traités en interprétant son mandat de la façon la plus large possible. La BCE insiste depuis régulièrement sur son rôle de garant de la stabilité financière de la zone euro, afin de rassurer les investisseurs internationaux.

C’est désormais à la Commission et au Conseil européen de s’élever à la hauteur des enjeux pour éviter d’élargir les fissures déjà visibles dans l’édifice européen.  Après les mesures sociales annoncées par Emmanuel Macron le 10 décembre, jetant aux oubliettes la trajectoire budgétaire transmise à Bruxelles en septembre, notre scénario central est que l’exécutif bruxellois lâche du lest sur les déficits publics pour permettre d’alléger les pressions sociales. Ceci évidemment à la condition que les ambitions de réforme permettant d’améliorer structurellement le potentiel de croissance de l’économie du Vieux Continent soient confirmées, dans tous les pays concernés par cet allègement.

 

L’économie européenne a ralenti depuis le printemps

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Momentum Economique européen

Sources : Montpensier Finance / Bloomberg au 12 décembre 2018

 

L’indicateur de momentum économique prend en compte les dernières publications du chômage, des ventes de détail, de la balance commerciale, de l’indicateur avancé du PIB, de la confiance du consommateur, du PMI, de la confiance économique et de la production industrielle. Il est représenté par la courbe bleue (graph. ci-dessous) dont la hausse traduit une accélération de la croissance et inversement.

 

Par Wilfrid Galand, Directeur Stratégiste chez Montpensier Finance 

 

 

 

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