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Bourse : Des marchés à fleur de peau

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Guillaume Dard "Les marchés plus hauts en fin d'année" pour Le Point

Guillaume Dard "Les marchés plus hauts en fin d'année" 

 

Contrairement aux craintes des experts, les marchés ont plutôt bien tenu cet été. Pourquoi ?

Guillaume Dard (*) : Pour au moins trois raisons. La croissance américaine se tient extraordinairement bien portée par le plan de relance de Donald Trump. Les résultats des entreprises ont été excellents confirmant ceux du premier trimestre. Enfin, comme ils étaient sous-investis, les investisseurs européens n’ont pas éprouvé le besoin de céder leurs positions lors du trou d’air du 15 août. 

 

La menace vient-elle des pays émergents ?

Ce sont les premières victimes de la guerre commerciale de Trump. Les pays émergents, la Chine en premier, ont en effet été les principaux bénéficiaires de la mondialisation. Les tensions pèsent sur leur croissance et font chuter leurs monnaies au regard du dollar. Les « 5 fragiles » (Brésil, Inde, Afrique du sud, Indonésie et Turquie) dont les balances de paiement sont déficitaires sont obligés de relever leur taux d’intérêt ce qui accroît le ralentissement. De plus, ils peuvent être visés directement par Donald Trump (Turquie, Afrique du Sud, Iran et Venezuela). Mis bout à bout, tous ces éléments sont autant de menaces pour les marchés. Les investisseurs ne s’y sont pas trompés : ils ont délaissé les valeurs émergentes au profit des grandes valeurs américaines et des sociétés technologiques. Il est trop tôt pour que les émergents rebondissent significativement.

 

Y a-t-il un risque de contagion ? 

Il ne faudrait pas que s’y rajoute une crise italienne, ce qui perturberait de surcroît le marché obligataire. Le risque de transmission au secteur bancaire existe. Cela étant, les marchés ont déjà beaucoup corrigé. Tout va dépendre de Trump. Soit les Etats Unis et la Chine arrivent à s’entendre, le rebond est possible et on peut envisager des points d’entrée. Soit le populisme conduit à demander toujours plus pour garder son électorat sous tension et la situation peut encore se dégrader. Dans le doute, mieux vaut s’abstenir !  

 

Dans cette partie du monde, le Japon semble tirer son épingle du jeu. Faut-il s’y intéresser ?

Soutenue par la banque centrale, la bourse japonaise a bien tenu mais elle n’a pas comblé les espérances attendues en début d’année. Le pays souffrira en cas d’aggravation de la guerre commerciale. Il n’y a pas de raison de privilégier ce marché par rapport aux actions européennes.   

 

Le ralentissement de la croissance en Europe vous inquiète-t-il ?

2017 a été une année exceptionnelle tirée par la locomotive allemande qui a profité de la croissance mondiale. L’activité 2018 n’est pas si mauvaise jusqu’à présent. Nous avons eu des chiffres meilleurs qu’attendus cet été. Mais c’est la dynamique qui n’est pas favorable :  on ne voit pas de signe de ré-accélération : l’Allemagne pâtit de la guerre commerciale, l’Italie souffre...

 

Dans ces conditions, faut-il privilégier le marché américain ?

Il est à son plus haut historique relativement au reste du monde depuis vingt-cinq ans. Certes la croissance est forte (4%) et les résultats des entreprises élevés mais l’économie américaine peut-elle surperformer longtemps seule d’autant que ce différentiel d’activité s’accompagne d’un dollar fort. Donald Trump en a conscience d’où sa pression sur le président de la Federal Reserve pour limiter les prochaines hausses de taux. Deux sont programmées d’ici la fin de l’année : en septembre et décembre. En 2019, Jérôme Powell pourrait ralentir le rythme des augmentations. On évoque aussi des interventions sur le billet vert, une pratique qui avait disparu depuis vingt ans. Dans ce contexte, on peut conserver une bonne partie de ses positions sur le marché américain sans le surpondérer.

 

Faut-il s’attendre à un changement de politique monétaire de la BCE avec le retour de l’inflation attendu depuis si longtemps ?

Il y a une inflation importée due au pétrole et à la hausse du dollar mais il n’y a pas de dérapage des prix et le ralentissement de la croissance contribuera à les stabiliser. Le rythme d’augmentation des taux dépendra de la personnalité du nouveau président. Si les tensions commerciales s’amplifient, l’Allemagne fera moins pression pour les relever vite. 

 

Comment voyez-vous évoluer les marchés d’ici la fin de l’année ?

Nous restons favorables aux actions européennes. Le marché pourrait progresser de 5 à 6% d’ici la fin de l’année. Les valorisations sont inférieures à leur moyenne historique des dix dernières années. La hausse du dollar profite aux sociétés exportatrices. Surtout il n’y a pas de placement alternatif. Cela n’exclut pas quelques trous d’air qui peuvent être autant de points d’entrée.

 

Sur quoi faut-il miser ? 

Les moyennes valeurs européennes qui ont corrigé notamment celles dans la santé et la conso, les obligations convertibles toujours un équilibre risque / rendement attrayant.... Il n’est pas inutile d’avoir un peu d’or dans l’hypothèse de complications géopolitiques. Il faut aussi conserver des liquidités pour se renforcer lors de corrections des belles valeurs aujourd’hui bien payées dans le luxe et la technologie.

 

 

Propos recueillis par Laurence Allard

(*) président de Montpensier Finance

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