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«Les actions restent incontournables» par Guillaume Dard pour Le Point

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Les actions restent incontournables

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Pour Guillaume Dard, Président de Montpensier Finance, les économies européennes se «japonisent».  

Le Point : Les marchés baissent ou montent au gré des nouvelles négatives - la guerre commerciale et le ralentissement économique- et positives -la baisse des taux d’intérêt. Lesquelles l’emporteront?  

Guillaume Dard : L’équation est même triple: commerciale, monétaire et budgétaire. Au gré des tweets de Trump, la guerre commerciale connaîtra encore des périodes d’armistice suivies de phases de reprise des hostilités qui pèseront négativement sur la croissance. A contrario, la politique monétaire devrait rester encore très favorable tant de la part de la Fed que de la BCE. Mais la baisse des taux ne sera plus suffisante pour assurer la relance. Il faudra à terme la mise en place de politiques budgétaires accommodantes. Trump pourrait par exemple redonner sous forme d’impôt ce qu’il gagne en droits de douane supplémentaires. En Europe, avec un ratio dettes sur PIB de respectivement 60 et 50%, l’Allemagne comme les Pays Bas ont les moyens financiers pour stimuler les investissements. Selon la Modern Monetary Theory (MMT), les citoyens risquent de demander aux gouvernements de leur rendre les gains que procure la baisse des taux et notamment des taux négatifs, gains aujourd’hui captés par l’immobilier et les marchés financiers. Cela peut passer par des baisses d’impôts, des aides directes....

Le Point : Vous écartez le risque de récession comme le laisse pourtant présager l’inversion de la courbe des taux constatée depuis juin?  

Guillaume Dard : C’est un mauvais signal mais l’inversion de la courbe est moins prédictive que par le passé en raison des politiques agressives menées par les banques centrales. Un monde de croissance faible et d’inflation basse n’est pas obligatoirement un monde de récession. L’économie européenne est en train de se japonéiser (japonifier). Cela peut se passer sans crise aigüe. Mais entrer dans un monde à taux d’intérêts négatifs durablement, est un problème sociétal d’une extrême gravité, tant pour l’épargnant que pour le citoyen. C’est une inversion des valeurs.

Le point : Peut-on encore compter sur la Chine pour soutenir la croissance?  

Guillaume Dard : Plus comme par le passé. Même si elle reste relativement élevée autour de 6%, la croissance chinoise pâtine. Mais surtout, elle est davantage centrée sur l’activité intérieure et sur les pays proches. La Chine, à elle seule, ne sauvera pas la croissance mondiale comme ce fut le cas en 2008 et 2016. L’ Europe et en particulier l’ Allemagne en profiteront moins.

Le point : Quel impact peut avoir un Brexit «dur» sur les marchés?  

Guillaume Dard : A court terme, le marché semble avoir intégré un tel scénario. Néanmoins, ses conséquences économiques à moyen et long terme sont plus difficiles à appréhender tant que l’on ne connaîtra pas précisément les modalités de l’accord de libre échange qui devrait être mis en place. En tout état de cause, ce seront les pays du Nord de l’Europe qui risquent d’être le plus impactés.

Le Point : Dans ces conditions, que faire? Faut il alléger son portefeuille actions? Et quand?  

Guillaume Dard : Il faut raison garder. A l’exception de l’immobilier -mais les Français sont déjà très investis- aucun autre investissement ne peut offrir une meilleure performance que les actions. La faiblesse des taux justifie qu’elles soient mieux valorisées que dans un contexte plus «classique». Les entreprises ont par ailleurs démontré leur capacité de résistance à une conjoncture difficile. Surtout, le rendement servi (3% en moyenne) est élevé au regard des taux négatifs. Toutes ces raisons sont autant de facteurs de soutien. Mais il ne faut pas non plus être sur-investi. Les marchés restent à la merci des dérapages de Trump. Il faut garder des liquidités pour saisir des opportunités à l’occasion des épisodes de volatilité qui ne manqueront pas de se reproduire à l’instar de ceux de décembre 2018, de juin et d’août 2019.

Le Point : Se renforcer sur quoi?  

Guillaume Dard : Sur des valeurs de qualité grandes ou petites ainsi que sur les convertibles du fait de leur caractère hybride. En revanche, il est trop tôt pour jouer le rebond des valeurs aujourd’ hui délaissées

Propos recueillis par Laurence Allard

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