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"Marché et Economie : symbiose ou déconnexion !" par Guillaume Dard

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Marché et Economie : symbiose ou déconnexion !

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Effondrement des ventes d’automobiles et de la croissance, licenciements généralisés, chômage en hausse, déficits budgétaires records, dettes abyssales et faillites d’entreprises …et la Bourse américaine a repris 43% entre le 23 mars et le 9 juin, sans évoquer le Nasdaq qui a battu tous ses records.

Comment une telle déconnexion est-elle possible se demande l’homo economicus éloigné des marchés ?

La réponse est à la fois simple et compliquée. La Bourse et l’Economie vivent en symbiose mais chacune a sa propre existence.

« La Bourse c’est surtout et simplement au sens propre du terme le lieu d’échange des actions d’entreprises au gré de l’offre et de la demande » explique le prix Nobel d’économie Robert Shiller. Ce marché des actions est en relation bien sûr avec l’économie, mais son évolution dépend d’abord du narratif dominant « et ce narratif change en permanence ».

Ce narratif peut être plus ou moins logique. « Le marché peut rester plus longtemps irrationnel que vous ne pourrez rester solvable » écrivait John Maynard Keynes. Les mouvements massifs de hausse ou de baisse des marchés s’apparentent aux mouvements de foule. Les investisseurs se comportent comme un troupeau de moutons ou de bisons. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, Charles MacKay expliquait déjà ce phénomène au XIXème siècle.

L’inexorable hausse des cours des GAFAM se poursuit depuis 5 ans. Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft pèsent 25% du marché américain. Ces sociétés ont également envahi nos vies privées et professionnelles et encore davantage depuis le grand confinement. Leur envolée boursière paraît exagérée mais pas inexplicable, à l’aune de notre comportement de consommateur.

Rassurons les investisseurs, tout n’est pas « irrationnelle exubérance sur les marchés. L’économie joue son rôle, les entreprises sont déterminantes et surtout il existe des grands prêtres des marchés : les banquiers centraux.

La liquidité apportée par ces banquiers centraux et le niveau des taux d’intérêt qu’ils fixent, sont à l’évidence un déterminant clé pour les marchés d’actions. Ceux-ci sont corrélés avec les marchés d’obligations d’entreprise et interagissent via les CDS arbitrés par des ventes ou des achats d’actions.

“Do not fight the Fed”, voilà le motto qu’apprend le jeune investisseur dès son arrivée à Wall Street. Avant même que la ville de New York soit entrée en confinement le 20 mars, la Fed a agi avec force et célérité. Jerome Powell a alors connu, comme l’écrivait le 25 mars mon collègue stratégiste Wilfrid Galand « son moment whatever it takes ».

En quelques jours, la Fed débloquait 1000 milliards de dollars pour financer le marché monétaire et obligataire ainsi que celui du dollar par la mise en place d’accords de swaps avec les principales Banques Centrales internationales. De plus, elle allégeait les contraintes de liquidité et de ratio de crédit des banques américaines. Et naturellement, elle a ensuite ramené les taux d’intérêt à 0%.

La Banque Centrale Européenne, après une regrettable hésitation sur son devoir de soutien de la dette italienne, a pris le mors aux dents et multiplié les programmes de financements aux acronymes bizarres : après le MRO, TLTRO, APP, voilà maintenant le PELTRO et le PEPP (1350 milliards d’euros, spécial pandémie !).

Le total des annonces de soutien des banques centrales atteint le montant pharamineux de 8000 milliards de dollars, soit 10% du PIB mondial. Ces injections de liquidité stimulent la Bourse « Do not fight the Fed – CQFD ».

L’expansion budgétaire a été l’autre puissant moteur de stimulation des marchés. Au total, plus de 10 000 milliards de dollars de plan de relance ont été décidés, soit 12% du PIB.

Aux Etats-Unis, le Président Trump, prêt à tout pour gagner sa réélection, enchaîne les plans de soutien et incite le Congrès à accélérer encore. Le prix du ticket avoisine 3000 milliards de dollars. Le déficit budgétaire américain en 2020 dépassera le record de 1943 lors de la seconde guerre mondiale.

En Europe, les initiatives se multiplient. Un plan de transfert européen poussé par Angela Merkel et Emmanuel Macron devrait s’ajouter aux mesures prises individuellement par les nations de l’Union. Au total, près de 4500 milliards d’euros devraient irriguer l’économie européenne.

La hausse des marchés ne s‘est donc pas opérée dans le vide. La Bourse regarde simplement plus loin, « au-delà de la vallée ». Elle est déconnectée de l’état de l’économie aujourd’hui. Mais, elle est motivée par un espoir de reprise en V de l’économie fin 2020 et surtout en 2021 et 2022. Les taux d’intérêt zéro aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ne laissent guère de choix à l’investisseur, s’il veut un espoir de rémunération et de plus-value. C’est l’éternel arbitrage rendement / risque. 

La Bourse est-elle remontée trop vite ? L’évolution de l’épidémie nous donnera la réponse. Mais, peut-être le nouveau narratif dominant sera-t-il demain à nouveau celui des tensions sino-américaines, d’une Amérique soudain trop démocrate, ou de tout autre évènement géopolitique. 

Ma conviction d’investisseur repose sur la confiance dans les entreprises, les meilleurs Business Models et les entrepreneurs. Ils sauront s’adapter à toute nouvelle donne.

Ils s’engagent désormais dans le combat ESG , et à long terme apportent la performance financière que recherche l’investisseur.

Par Guillaume Dard, Président de Montpensier Finance

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