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TABLE RONDE - "les valeurs moyennes démarrent très fort l'année 2017" avec Olivier de Royère, Gérant du fonds Quadrator

Presse

Le

INVESTIR - 15 Juillet 2017

TABLE RONDE 

Marché Des niveaux de valorisation plus élevés qu’en 2007

DÉBAT –Les valeurs moyennes ont commencé très fort l’année 2017. Trop fort ? Les opinions sont partagées. Après une hausse de 17 % depuis le début de l’année, soit près de 10 points de plus que le Cac 40, les ratios de valorisation se tendent. « Les multiples sont parmi les plus-hauts historiques, avec un PER moyen de plus de 20 fois pour le Cac Mid & Small, plus élevé qu’en 2007, observe Nicolas Royot, analyste financier chez Portzamparc. Seulement 14 % des valeurs cotent audessous de leur actif net, contre 59 % en 2008. » Un constat à relativiser, selon Jean-François Delcaire, gérant chez HMG Finance : «Il faut mettre en rapport la valorisation avec la croissance des profits, qui s’accélère. Les bénéfices par action de l’indice Cac Small pourraient augmenter de 21 % en 2017, selon IDMidCaps, après + 13 % et + 17 % en 2015 et 2016. Ce cabinet d’analyse souligne aussi que la progression des encours et l’absence de renouvellement de la cote favorisent un accroissement des multiples de valorisation. » Pour forger son opinion sur la situation actuelle, Régis Lefort se replace dix ans en arrière : « Les ratios de valorisation sont comparables à ceux de 2007 et on constate une expansion des multiples. Mais l’économie d’avant-crise n’est pas celle de 2017. On était alors en bout de cycle, avec des résultats au plus haut. Aujourd’hui, la conjoncture est en phase de reprise, et les résultats des entreprises ont un réel potentiel d’amélioration. »

GARE À L’ÉVOLUTION DES TAUX D’INTÉRÊT - Harry Wolhandler partage ce point de vue : « Nous ne sommes pas du tout dans la situation de 2008, qui marquait la fin du cycle de la reprise économique avec des valorisations fantaisistes, rappelle le gérant d’Amilton AM. Il faut un retour en récession, des niveaux de valorisation très excessifs ou une envolée des taux d’intérêt pour déclencher la fin d’un cycle haussier. » Pour Olivier de Royère, gérant chez Montpensier Finance, « l’été devrait être calme », mais il estime qu’ « il faudra garder un œil sur le ralentissement programmé de la croissance chinoise après la reconduction du président en octobre ». D’ailleurs, pour Sébastien Korchia, « on ne peut pas exclure un choc sur les marchés à l’automne ». Le gérant de Meeschaert estime que la visibilité à six mois est très incertaine. « On est aujourd’hui dans le meilleur des mondes : on s’éloigne du spectre déflationniste et les taux restent très bas. Mais on va progressivement intégrer la remontée des taux et se rapprocher du niveau où l’on se posera la question de savoir s’il ne vaut pas mieux revenir sur les actifs sans risque au détriment des actions. On peut situer ce niveau autour de 3 % sur les taux à dix ans américains, contre un peu moins de 2,35 % actuellement. » Tous les gérants ont en tête cet élément, que personne ne maîtrise et que tout le monde redoute : l’évolution des taux. En dehors des banques et des compagnies d’assurances, leur remontée est synonyme de pression baissière sur les cours des actions, surtout si elle est rapide. « A court terme, il sera important de surveiller l’attitude et les décisions des banques centrales, qui deviennent moins accommodantes, pré- vient Olivier de Royère. Néanmoins, le mal a en partie déjà été fait en Europe où les taux se sont redressés à la suite du discours de Mario Draghi il y a deux semaines, en dépit de l’absence d’une véritable hausse de l’inflation. » Et, déjà, « nous assistons à une rotation sectorielle, constate Harry Wolhandler. Les secteurs sensibles aux taux tels que les télécoms, les utilities et l’immobilier sont délaissés au profit des financières et des titres value ». Valorisation élevée, risque de hausse des taux... Nos spécialistes allouent leurs actifs en conséquence. « Nous favorisons, plus que d’habitude, les valeurs dont l’actualité risque moins de décevoir. Celles qui sont trop exposées aux taux d’intérêt sont à éviter », affirme Nicolas Royot. Pour sa part, Harry Wolhandler recherche les « momentum favorables », les valeurs qui pourraient procéder à des révisions à la hausse de leurs perspectives bénéficiaires, ou bien des sociétés partie prenante d’opérations de fusion-acquisition, prédateurs ou cibles. Dans un environnement qu’il aborde avec prudence, Sébastien Korchia cherche davantage la « performance relative, en sélectionnant des valeurs qui [lui] procureront une certaine protection ». Il précise : « J’évite de choisir des sociétés qui, ayant été l’objet d’un flux acheteurs important, peuvent subir des dégagements. Au contraire, je privilégie des entreprises soutenues par un flux de nouvelles positives ou des oubliées de la cote. » Des choix qui se traduisent par la sélection de leurs valeurs favorites pour le second semestre, à retrouver ci-dessous. - M. B.

Collecte

Les flux entrants s’accélèrent depuis l’élection présidentielle

ACTEURS INHABITUELS - Le bilan boursier de ces premiers mois est flatteur mais... on a eu chaud. Les sondages préélectoraux ont alarmé plus d’un investisseur, et les flux sur les valeurs moyennes en ont pâti. « D’après les chiffres que nous récoltons auprès de 155 fonds d’investissement, la collecte a été positive chaque mois depuis le début de l’année, sauf en mars et en avril », relève Nicolas Royot, de Portzamparc. Alors que l’on commençait à redouter un second tour opposant les deux candidats les plus extrémistes, certains opérateurs ont pris peur, ce qui s’est traduit par une légère décollecte de 0,3 % et de 0,2 % au cours de ces deux mois. Depuis, la collecte a repris et s’accélère : + 2,8 % et + 3,1 % en mai et en juin, contre + 2 % et + 1,8 % en janvier et en février. « Au mois d’avril, pendant quinze jours, les craintes sur un second tour Mélenchon - Le Pen ont pesé sur les valeurs moyennes alors que les flux sortants sur les fonds spécialisés sur ce type de valeurs étaient pourtant assez limités, confirme Sébastien Korchia. Cela montre l’impact des flux sur les cours et les transactions. » Ces craintes passées, la collecte est repartie de plus belle, et le potentiel n’est pas épuisé. « Les investisseurs américains n’ont pas encore réinjecté tous les fonds précédemment sortis malgré une plus grande confiance sur l’Europe », constate Olivier de Royère. Et l’on voit apparaître de nouveaux entrants, novices dans le secteur... ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle à long terme et peut indiquer que l’on s’approche du haut de cycle. « C’est un signal d’alerte quand certains acteurs inhabituels s’intéressent aux valeurs moyennes françaises », estime Sébastien Korchia. Nicolas Royot observe que « certains Anglo-Saxons commencent à regarder des plus petits dossiers (de 200 à 300 millions d’euros de capitalisation boursière), ce qui n’était pas le cas auparavant ». Les analystes de Portzamparc ont eu « des échos de dirigeants ayant été directement contactés par des fonds étrangers qu’ils ne connaissaient pas ». « Un fonds anglo-saxon a pris d’un coup 10 % du capital de Lectra récemment », illustre Jean-François Delcaire.- M. B.

Opérations

Le marché a de l’appétit, mais les nouveaux venus se font rares

ACCÉLÉRATION -L’engouement pour les valeurs moyennes est indéniable et les belles histoires boursières sont nombreuses. Pour autant, les nouveaux venus se comptent sur les doigts d’une main ! « Le faible nombre d’introductions en Bourse peut s’expliquer par la compétition d’offres alternatives de financement, de la dette bancaire bon marché aux fonds de private equity, qui ont levé beaucoup d’argent ces dernières années », avance Jean-François Delcaire. En parallèle, les offres publiques d’achat (OPA) ont été légion ces derniers mois, réparties de façon équilibrée entre rachats par des actionnaires majoritaires et cessions à un tiers. « Les opérations financières ont clairement accéléré depuis l’élection d’Emmanuel Macron, constate le gérant de HMG Finance. Le rachat des minoritaires de Christian Dior, par exemple, dont on parlait depuis très longtemps, a quasiment été annoncé deux jours après le premier tour ! A un contexte de taux bas s’est ajoutée une meilleure visibilité juridique et fiscale. » « Dans un environnement de taux quasi nuls, toutes les opérations financières sont relutives, ajoute Olivier de Royère. Les marchés récompensent autant les cibles que les acquéreurs. » Une chose est sûre : les investisseurs répondent présents. « Le marché a de l’appétence pour les opérations financières. Des placements accélérés de plusieurs dizaines ou centaines de millions d’euros se sont bouclés en deux heures ! » s’étonne Régis Lefort, citant l’exemple Direct Energie la semaine passée. Harry Wolhandler s’attend, au cours du second semestre, à « une multiplication des opérations financières, fré- quentes dans la dernière partie d’un cycle haussier ». Cerise sur le gâteau d’un beau parcours, une OPA ne peut être le seul critère de l’achat d’un titre. Elle peut aussi « être une force de rappel si le marché baisse », juge Sébastien Korchia. Plusieurs gérants intègrent ce paramètre à leur sélection de valeurs. Toutefois, « on peut identifier les cibles mais pas le timing », regrettent les gérants. Christian Dior et CIC, qui faisaient partie de la liste depuis de nombreuses années, ont fini par faire l’objet d’une offre par leurs actionnaires majoritaires... Cela donne de l’espoir pour d’autres dossiers « serpents de mer » !- M. B.

Sélections d'Olivier de Royère (Gérant chez Montpensier Finance) 

Bénéteau (BEN) Le marché du nautisme, qui n’est toujours pas en haut de cycle, réserve encore du potentiel ; Bénéteau est bien placé pour en profiter. Bien que le groupe ait relevé ses objectifs, il reste très prudent et pourrait surprendre positivement grâce à un travail sur ses coûts industriels. Objectif : 17 €.

Innate Pharma (IPH) Les produits de la biotech spécialisée en immunooncologie commencent à être « clé » pour ses partenaires laboratoires, notamment AstraZeneca, dont est d’ailleurs issu le nouveau directeur général. Les résultats cliniques seront nombreux dans l’année qui vient. Importante trésorerie. Viser 18 €.

Maisons du Monde (MDM) Excellentes performances au premier trimestre. Le groupe démontre sa capacité à exporter son concept à l’international. Ses ventes online dépassent 20 % du total. Les objectifs pourraient être révisés à la hausse. La valeur reste attrayante, à 13 fois l’Ebit estimé pour 2018, et pourrait profiter de la remontée de l’euro. Viser 36,50 €.

Naturex (NRX) La croissance devrait accélérer à la suite de la fin du nettoyage des références de produits, et une hausse substantielle des résultats est à venir. La volonté des grands acteurs de l’alimentaire aux EtatsUnis de basculer vers les ingrédients naturels est un élément décisif. Objectif : 97 €. 

Stratec Biomedical (SBS) La croissance est repartie au premier trimestre (+ 21 %) pour le fabricant allemand d’équipements de diagnostics, et l’acquisition dans le domaine du consommable intelligent semble intéressante. De nombreux projets sont en cours. La société affiche, malgré une croissance plus forte, une décote de 10 % par rapport à ses clients. Viser 68 €.

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